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Tutti blogzine of Sugar

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De la musique, encore de la musique, sans oublier des coups de coeur et coups de gueule sur la société, la psychologie.


Tournantes : entre fantasme et réalité

Publié par Tutti sur 4 Septembre 2005, 00:00am

Catégories : #SOS



Les tournantes : entre fantasmes et réalité

La France découvre les "tournantes" commises par des jeunes de banlieue. Mais le phénomène des viols collectifs est-il nouveau ? Ces crimes sont-ils réellement en augmentation ?

Entre 1990 et 2000, les viols collectifs n’avaient pas occasionné plus de quatre titres de dépêches par an. En 2001, les viols collectifs ainsi que la nouvelle expression "tournantes" apparaissent à 50 reprises avec un discours mettant systématiquement en scène les "jeunes des cités", "issus de l’immigration". Dès 2003, le nombre de dépêches tombe à 23 pour quasiment disparaître en 2004. Ceci indique bien qu’il y a une logique d’emballement médiatique qui n’a pas de rapport direct avec la réalité sociale car les viols collectifs existaient avant 2001 et continuent à exister.

L’intérêt des médias pour ce dernier thème repose sur le film "la Squale" (s’ouvrant sur une scène de viol collectif, le film est censé refléter la réalité quotidienne des banlieues, ce qui est contestable), sur le livre "Dans l’enfer des tournantes" (biographie terrible de viols collectifs perpétrés dans les années 1980, le livre de Samira Bellil devient le symbole de l’oppression des femmes par l’Islam, alors qu’aucune référence à cette religion n’y est faite) et sur la création du mouvement "Ni putes ni soumises". Mais ces déformations de la réalité n’empêchent pas les médias de construire leur scénario d’une augmentation soudaine et faramineuse des viols collectifs perpétrés par des jeunes issus de l’immigration.

Les viols collectifs ne sont absolument pas nouveaux. Ils avaient déjà été l’objet d’un emballement médiatique autour des "blousons noirs" à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Les viols collectifs ne s’appelaient pas "tournantes" dans l’argot populaire de l’époque mais "barlus" à Lyon, "rodéos" à Toulouse ou "complots" à Bordeaux. Ensuite, les seules statistiques disponibles sur les viols collectifs (les statistiques judiciaires) indiquent que leur fréquence n’a pas particulièrement augmenté depuis vingt ans. Enfin, les enquêtes auprès des victimes confirment que le phénomène est rarissime et qu’il ne semble pas en augmentation. Après ça, quelle en est l’ampleur réelle ? Personne n’en sait rien. Mais en tous cas je montre qu’on ne peut pas dire qu’il y a augmentation.

Tout d’abord, ces viols collectifs ne représentent pas une seule réalité mais plusieurs phénomènes différents. Bien que ne pouvant prétendre à l’exhaustivité, l’étude de 25 dossiers de la région parisienne permet de souligner que derrière ces viols collectifs se cachent des processus psychosociaux très divers et parfois mêlés : un rapport personnel pathologique du violeur aux femmes, une domination violente quotidienne d’un plus faible au sein d’un groupe fermé (squat, prisons…), un type ritualisé de violences sexuelles collectives (bizutage…) ou l’affirmation collective d’une virilité. Ce dernier cas correspond en partie à la représentation médiatique des tournantes (violeurs jeunes, de quartiers pauvres, issus de l’immigration…). Dans ce cas, le viol collectif remplit une fonction d’initiation sexuelle et d’affirmation masculine virile pour les individus qui le composent. Dans le cas des bandes proprement dites, il est aussi un événement catalyseur pour le groupe qui peut éprouver à cette occasion sa cohésion voire sa hiérarchie interne. Mais ce même ressort peut se rencontrer dans les milieux sociaux les plus variés dont des affaires impliquant des policiers sur des prostituées.

Ces comportements sont assez similaires à ce qui se passait dans les années 1960 avec les blousons noirs. On pourrait dire que la principale différence entre ces deux époques est la couleur de peau. Mais sans lien avec leur origine ou leur religion, la sur-représentation des jeunes Français issus de l’immigration parmi les personnes condamnées pour viols collectifs est une simple conséquence de leur position sociale, de leur trajectoire scolaire et de leur lieu de résidence. Grosso modo, les mêmes causes produisent les mêmes effets, quelles que soient les époques et les populations.

La dénonciation des violences faites aux femmes est une très bonne chose et l’on ne peut que s’en féliciter. Grâce à ce travail, de plus en plus de victimes oseront briser le mur du silence et le nombre de déclarations de viols devrait augmenter dans les années qui viennent. Critiquable cette façon de criminaliser tous les jeunes garçons arabes de banlieue en faisant en permanence l’amalgame entre des choses aussi différentes que le patriarcat, le machisme, les mariages forcés, les comportements violents envers les femmes et les enfants, les comportements des bandes délinquantes et enfin la religion musulmane. Ces amalgames révèlent soit un grave déficit d’analyse, soit une stratégie de légitimation médiatique et politique assez cynique. Et au bout du compte, on peut s’interroger sur l’impact pédagogique de ce discours. En se focalisant sur des cas individuels de crimes sordides (Samira Bellil victime de viols collectifs, Sohane brûlée vive par un jeune homme de 19 ans…), quelle image diabolisée le mouvement "Ni putes ni soumises" renvoie aux jeunes garçons de ces cités ?

Comment de telles caricatures peuvent-elles aider à comprendre et faire évoluer les rapports hommes/femmes dans ces banlieues ? En quoi cela aide t-il les parents, les enseignants et les travailleurs sociaux à analyser ces rapports hommes/femmes ?
 
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M
Très bon article et c'est vrai que ça ne date pas d'hier...
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