
Divin consolateur des souffrances humaines,
Je serai ton esclave et bénirai tes chaînes !
Courbé sur ton autel dévotieusement,
Je veux, Dieu de l'oubli ! te servir humblement,
De tes rites sacrés accomplir les mystères.
Verse ton lent poison et mets dans mes artères
Un sang mêlé de rêve, et plus calme, et meilleur !
Ah! je veux, insensible au sarcasme railleur,
M'abîmer en toi seul, chercher en ton ivresse
Un bonheur si complet, que l'ardente caresse
Du démon féminin, ce long. baiser qui mord,
Me soit indifférente ! A toi jusqu'à la mort...
Car tu ne trahis pas, toi, la chaste maîtresse !
Ton parfum captivant plaît a toute détresse,
L'attire et la console: 0 fleur de charité !
Liqueur, fumée, opium ! Toi par qui la beauté
S'affine plus encor, toi qui berces sans trêve
Tes disciples aimés, les amoureux du rêve,
Ave ! Sois donc béni, philtre doux et vainqueur,
Par qui renaît la paix des sens, la paix du coeur !
Que me fait, désormais, le fracas de l'orage,
La colère des sots, et des méchants l'outrage ?
Que me fait l'abandon de ceux que j'ai chéris ?
Je meurs sans nulle haine et je n'ai que mépris
Pour ce monde hypocrite où sombra ma jeunesse.
Maintenant j'ai le calme et je puis sans faiblesse
Attendre le jour proche où la mort, de sa main,
Du séjour éternel m'ouvrira le chemin !
Armand Lafrique