![]() Lou Andreas-Salomé: égérie, romancière, essayiste, psychanalyste Lou Andreas-Salomé adéchaîné les passions et laissé un sillage qui ne cesse de rayonner. Néele 12 février 1861 à Saint-Pétersbourg en Russie, de grands yeuxclairs, avides et graves, une lourde chevelure blonde nouée en chignon,un visage de madone intelligente Ljola von Salomé eût pu se contenter de briller dans les salons que lui promettait sa naissance dans laristocratie russe éclairée. Mais quand lesprit vient aux femmes, il emporte tout. Figure même de légérie, Lou Andreas-Salomé sera linspiratrice, la muse, lamie de trois immenses génies du XXe siècle. Loin de se brûler à leurs feux, elle accompagnera leur uvre et, aujourdhui encore, sa trace illumine les leurs. La passion de Nietzsche. Lou Andreas-Salomé na que 21 ans lorsquelle rencontre Friedrich Nietzsche. Elle le fascine. Il linitie à sa philosophie et brûle damour pour cette femme-enfant qui se refuse à lui.Ces deux-là ne se reverront jamais, mais le génie de lhomme àdéchiffrer le tréfonds des êtres constituera sans doute, pour Lou, leterreau de sa pratique future de la psychanalyse. La muse de Rilke.Quinze ans après « laventure nietzschéenne », Lou rencontre un poètede quatorze ans son cadet, René Maria Rilke (quelle rebaptiseraRainer). Elle est alors mariée à Friedrich Carl Andreas, dont elleportera le nom, accolé au sien, pour la postérité. Un mari qui larassure ? Qui la repose ? Sans doute. Maisun mari avec lequel elle ne couche pas. Cest une vierge de 36 ans quina cessé de croire que lépanouissement de lesprit ne passait que parle refus du corps qui se donne avec passion à Rilke. Il la surnomme «mon buisson ardent ». Lamour dure trois ans, lamitié lui survivraplus de trente. La disciple de Freud.Après le grand frère et lamant, le dernier grand homme de Lou ressortde la figure paternelle, ce père quelle a perdu alors quelle avait 5ans. Elle fait la connaissance de Sigmund Freud en 1911. La «compreneuse par excellence », comme lappelait Freud, ne laisse pas latrace dune grande théoricienne (sa contribution la plus connue portesur le narcissisme, en 1921), mais ce nest pas sa principalepréoccupation. Elle se veut davantage « poète » et « artiste de la psychanalyse ». Lorsquellemeurt, en 1937à Göttingen, en Allemagne, elle est déjà une légende.Pourtant, un paradoxe persiste : celle que trop souvent on ne connaîtque par les hommes dont elle a croisé le chemin vaut encore mieux quecette image dégérie. Lou Andreas-Salomé est la figure de proue dunenouvelle race de femmes. Moderne,européenne, avide de savoir et de liberté, y compris sexuelle, briseusede carcans et future brûleuse de corsets. La vie de légérie parexcellence est celle dune émancipation féminine, dune bâtisseuse deponts entre deux siècles. «Je ne puis vivre selon un idéal, mais je puis vivre certainement mapropre vie. En agissant ainsi, je ne représente aucun principe mais [ ]quelque chose qui est tout chaud de vie et plein dallégresse. » |
BUISSON ARDENT
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