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Tutti blogzine of Sugar

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De la musique, encore de la musique, sans oublier des coups de coeur et coups de gueule sur la société, la psychologie.


Sous le masque, la plume

Publié par Tutti sur 17 Mai 2008, 00:30am

Catégories : #Culture - arts - sorties

Le théorème d'Almodovar

Pas de détours ni de fausses hésitations, Casas Ros nous fait entrer très vite dans le véritable propos de son livre. "Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s'est arrêté, à vingt ans". Ainsi Antoni a-t-il perdu la forme humaine de son visage. Mais aussi sa petite amie, tuée sur le coup. Fin de la contemplation narcissique ou mutuelle. C'est maintenant seulement qu'Antoni pourra faire l'apprentissage de la véritable beauté. Lorsqu'il expose, dès la première page, sa vision d'un monde idéal, aux limites de la conscience, instable mais infini, le narrateur a décidément quelque chose d'Artaud. Antonin, Antoni. Leur histoire est celle de monstres qui font de la poésie. De la défiguration à la transfiguration. Sauf qu'à l'inverse d'Artaud, la cruauté n'existe pas chez Casas Ros. Tout est pardonné, chacun est repenti. L'écriture recouvre chez Antoni toute une dimension expiatoire, lui permettant par exemple de pardonner à son père ses idées et ses activités fascistes. L'auteur reprend vie en même temps que s'écrit son oeuvre. La maîtrise du verbe de Casas Ros n'est pas si éloigné de la perfection des formules mathématiques dans lesquelles il aime se réfugier. Le lien entre mathématiques et poésie pure apparaît de façon évidente (ne serait-ce que dans le titre). Sans prétexte ni coïncidence préalable, il se retrouve à discuter avec Almodovar d'un prochain film qui retracera sa vie : son accident, mais aussi son histoire d'amour avec Lisa, transsexuel sexy, réelle ou rêvée, Lisa est bien là pour le ramener à la vie. Quand elle le regarde, il ne se cache plus. Elle, ne voit pas son apparence, mais son essence. Ce qui arrache à Antoni une des phrases les plus bouleversantes du roman : "Si tu me regardes assez longtemps, tous les jours, je crois que mon visage va se transformer". Aux côtés de Lisa, tout prend une teinte magique. L'amour charnel perd toute sa violence potentielle pour ne devenir qu'une douce étreinte réparatrice. Et lorsque le cerf qui a provoqué l'accident de voiture resurgit pour venir vivre avec le couple, la façon dont celui-ci l'accueille, naturellement et sans surprise, relève tout simplement du conte de fée. L'univers du roman s'intègre donc idéalement à celui, tout en couleur, que le réalisateur a érigé en plus de vingt ans de carrière. On y retrouve les thèmes de l'accident et la douleur qui suit (comme dans Parle avec elle), l'androgynie et l'érotisme (La Mauvaise éducation, La loi du désir …), l'imaginaire et le surréalisme (Volver, En chair et en os).



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