
20 ans déjà !
Pierre Desproges est né en 1939 à Pantin et n'a, de son propre aveu, rien fait d'intéressant durant les 30 premières années de sa vie. Il intègre en 1975 l'équipe du "Petit rapporteur", l'émission satirique vedette du dimanche. Des millions de spectateurs découvrent alors l'humour lamentable de ce clown renfrogné qui interviewe une Françoise Sagan éberluée, à qui il réclame une verveine et montre des photos de son beau-frère en vacances. Mais six mois plus tard, il claque la porte en plein succès. Et c'est toute sa singularité. Car Desproges a toujours revendiqué un certain "élitisme". Admirateur de Paul Léautaud et de Marcel Aymé, il appartient à l'espèce rare des comiques lettrés et préfère plaire à quelques personnes qui le comprennent qu'à des millions de gens à qui il n'a rien à dire. Journaliste, amuseur public, moraliste, pourfendeur de l'hypocrisie et de la médiocrité de son temps. Provocateur épidermique, il dégomme "l'intelligentsia crapoteuse", les jeunes, "les humanistes sirupeux", l'armée, les politiques, les Résistants et les collabos, l'Académie, les communistes, le Pape. Pierre Desproges, c'est le rebelle-réactionnaire, le misanthrope-humaniste, qui aime trop les hommes pour les tolérer médiocres. Amoureux des mots, il a passé sa vie à écrire. A la télévision, il plonge les téléspectateurs dans la consternation avec "La minute nécessaire de M. Cyclopède". On y apprend à 20h35 "Comment vieillir sans déranger les jeunes" ou "Comment ne pas sombrer dans l'antinazisme primaire". Et il déverse sa hargne contre l'hypocrisie, la lâcheté, les préjugés ou le bon goût, dans des livres aux titres poétiques: "Vivons heureux en attendant la mort" (1983), le "Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis" (1985) ou ses "Chroniques de la haine ordinaire" (1987). Le comique de l'élite, lucide, impitoyable, intransigeant, est devenu celui du consensus.